
Quoi de plus déprimant dans un centre-ville que des vitrines aveugles de commerces fermés ! Après la crise de son industrie de la chaussure de luxe, Romans-sur-Isère en affichait quelques-unes.
Aujourd’hui, elles attirent l’œil, évoquent le patrimoine historique de la ville, racontent la petite histoire de ses anciens occupants. L’originalité ne réside pas dans la décoration de ces vitrines, mais dans l’aménagement des anciens commerces en hébergement insolite pour le voyageur en quête d’authenticité. Ni hôtel, ni chambre d’hôtes, ni bed & breakfast, le nom seul indique tout : Bed in shop – un lit dans une boutique.
Chaque logement est différent, sur un thème en rapport avec l’ancien commerce ou une activité de la ville.

Les vitrines se transforment en fenêtres sur l’histoire, la culture et l’identité de la ville. On se régale de faire du lèche-vitrine, de découvrir des objets du passé, des accessoires insolites. Et on n’a qu’une envie, passer au moins une nuit dans chacun de ces logements, vivre dans le charme de l’ancien et découvrir les secrets d’un métier disparu.

Notre émotion est forte lorsque nous poussons la porte comme du Grand Café pour y poser nos valises. Un ancien comptoir en zinc occupe l’accueil, des objets d’antan et anciennes photos font revivre l’époque où le Café était le point de rendez-vous des habitants. Sauf que les arrière-salles accueillent des lits et une salle d’eau tout confort. N'empêche, nous avons très envie d'inviter des copains prendre l'apéro!

Derrière cette idée se cache François-Xavier Chamboust. Sa famille est installée à Romans depuis 1840. Après des études d'histoire à Lyon, puis plusieurs années passées à gérer un bar-restaurant au Chili, il revient dans sa ville natale avec l'envie de créer une entreprise qui lui ressemble.

Au fil de ses promenades, un constat s'impose : les rideaux baissés se multiplient, les vitrines se vident et des jeunes désœuvrés passent leurs journées sur des palettes. Plutôt que d'y voir une fatalité, il imagine une autre manière de faire du tourisme.
« Pourquoi construire un hôtel alors que toutes ces boutiques existent déjà ? », se souvient-il avoir pensé. « À l'époque, les meubles en palettes étaient à la mode. Je me suis dit que l'on pouvait réaménager ces locaux vacants avec des chantiers d'insertion et y accueillir les touristes. »
Le principe est simple : les propriétaires financent les travaux de gros œuvre tandis que Bed in Shop conçoit l'aménagement intérieur. Très vite, le projet prend une dimension sociale. Encadrés par une menuisière et des éducateurs de rue, des jeunes participent à la fabrication du mobilier, restaurent des objets anciens, récupèrent des matériaux et donnent une seconde vie à des éléments oubliés.
« Au début, ils venaient surtout parce qu'on leur demandait de venir », raconte François-Xavier avec le sourire. « Puis ils se sont pris au jeu. On bricolait ensemble le mercredi après-midi ou pendant les vacances. Ils ont découvert qu'ils étaient capables de créer quelque chose de beau. Lorsqu'ils ont vu leur travail mis en avant dans le journal local, ils étaient fiers. »

Le mobilier est souvent fabriqué à partir d'objets récupérés. Une caisse en bois devient une table de nuit, une vieille enseigne retrouve sa place sur un mur, un ancien meuble est patiemment restauré. « On faisait beaucoup de bricolage : poncer, peindre, poser du papier peint… C'était parfois un peu chaotique, mais réaliser quelque chose ensemble alors que nous n'avions rien en commun, c'était formidable. »
L'initiative dépasse bientôt le simple hébergement. Soucieux de valoriser davantage ces jeunes, François-Xavier les transforme en guides du centre historique. Avec l'aide d'un historien, il construit un parcours ponctué d'anecdotes, de faits divers et d'histoires parfois sanglantes qui ont réellement marqué Romans.
Après quatre années d'aventure, cette dimension sociale devra pourtant être abandonnée. « C'était magnifique quand tout fonctionnait, mais très prenant. Certains jeunes ne venaient pas toujours, il n'y avait pas forcément assez de clients et il aurait fallu professionnaliser toute cette partie. »

L'esprit du projet, lui, est resté intact. Les travaux techniques sont confiés à des artisans, tandis que la décoration des premiers hébergements est imaginée par son épouse, décoratrice d'intérieur. Chaque boutique conserve ainsi sa personnalité, qu'il s'agisse de la tannerie, de la lavandière, du bouquiniste, de l'apothicaire ou du Grand Café.
Aujourd'hui encore, François-Xavier résume Bed in Shop en trois valeurs : « l'esthétique, l'écologie et le social ».
Avec un taux d'occupation d'environ 75 % et des tarifs oscillants entre 70 et 100 euros selon la saison, le concept prouve qu'il est possible de conjuguer tourisme, patrimoine et revitalisation des centres-villes.
Bed in Shop raconte une idée toute simple : avant de construire du neuf, pourquoi ne pas redonner une âme à ce qui existe déjà ? Une philosophie qui fait de ces anciennes boutiques bien plus que de simples hébergements insolites.
Infos pratiques
https://www.bedinshop.fr
bedinshop@gmail.com
tél. 06 16 64 44 73
Les trois valeurs de Bed in Shop
Esthétique
Bed In Shop s’engage à magnifier chaque espace, en préservant et en mettant en valeur l’architecture et l’esthétique des anciennes boutiques. Chaque hébergement est conçu pour offrir une expérience visuelle exceptionnelle, inspirée par l’histoire et le charme du quartier.
Écologie
Bed In Shop privilégie l’utilisation de matériaux durables et de filières d’upcycling locales. Ainsi, de nombreux meubles et accessoires présents dans nos logements sont fabriqués à partir de meubles de récupération ou de matériaux recyclés. Cette approche permet de donner une seconde vie à des objets souvent oubliés.
Social
Dans une démarche de renforcement du lien social, Bed In Shop implique activement la communauté locale dans ses projets. Nous collaborons avec des jeunes du quartier pour la fabrication de meubles et d’accessoires, offrant ainsi des opportunités d’apprentissage et de développement de compétences.














