Une ancienne sortie de la collégiale donne sur une cour privée

Romans-sur-Isère, au fil de la chaussure

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Longtemps capitale française de la chaussure de luxe, Romans-sur-Isère a connu la gloire, puis le déclin, avant de réussir une remarquable renaissance. Aujourd'hui, la ville drômoise séduit autant par son patrimoine médiéval que par son savoir-faire toujours vivant, ses spécialités gourmandes et sa douceur de vivre retrouvée.
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Depuis le Belvédère on a la meilleure vue sur Romans (à gauche), séparée par l'Isère de Bourg-de-Péage, sa ville sœur
Depuis le Belvédère on a la meilleure vue sur Romans (à gauche), séparée par l'Isère de Bourg-de-Péage, sa ville sœur

À première vue, Romans-sur-Isère ne figure pas parmi les destinations les plus évidentes pour un week-end dans la Drôme. Pourtant, derrière ses façades anciennes se cache une histoire hors du commun. Celle d'une ville qui a chaussé le monde entier et qui a su transformer une crise économique majeure en formidable opportunité de renouveau.

Quand le cuir faisait vivre toute une ville

L'histoire de Romans est intimement liée au cuir. Dès le Moyen Âge, tanneurs, mégissiers et drapiers s'y installent, attirés par la présence de l'Isère, indispensable au traitement des peaux, et par les forêts de chênes et de châtaigniers qui fournissent les tanins nécessaires à leur transformation.

Avec l'industrialisation, les ateliers se multiplient et la ville devient progressivement l'un des grands centres français de la chaussure. La qualité des cuirs locaux contribue largement à sa réputation. Au début du XXe siècle, Romans entre dans l'univers du luxe grâce à Charles Jourdan, né dans la voisine Bourg-de-Péage. Son succès attire bientôt d'autres créateurs prestigieux, séduits par l'excellence des artisans locaux.


À son apogée, la chaussure est partout. En 1949, la ville compte près de 200 ateliers employant directement ou indirectement quelque 20 000 personnes. Fabricants de talons, de semelles, de boîtes ou d'accessoires gravitent autour de cette activité florissante. Jusqu'aux années 1980, près de la moitié de la population active travaille dans le secteur de la chaussure.

Une ville réinventée

Lorsque l'industrie s'effondre sous l'effet de la concurrence internationale et des délocalisations, Romans traverse une période difficile. Mais loin de se résigner, la ville engage une profonde transformation.

Aujourd'hui, l'avenue Gambetta, principal axe de circulation, est bordée d'espaces verts et d'îlots de fraîcheur qui invitent à la promenade. En descendant vers le centre ancien, le visiteur découvre un lacis de ruelles, de petites places animées et de beaux hôtels particuliers témoins de la prospérité passée.


La balade mène naturellement jusqu'aux rives de l'Isère qui sépare Romans de Bourg-de-Péage. Le nom de cette dernière rappelle son rôle historique : durant des siècles, le pont reliant les deux villes constituait l'un des principaux points de passage entre l'Europe du Nord et les pays méditerranéens, permettant de percevoir un péage sur les marchandises et les voyageurs.

Pour embrasser d'un seul regard les deux cités sœurs, il suffit de rejoindre le belvédère Saint-Romain, l'un des plus beaux points de vue de la ville.


Suivre les pas des douze chaussures géantes

Impossible de visiter Romans sans évoquer son héritage le plus célèbre. Une promenade originale conduit les visiteurs à travers la ville à la rencontre de douze chaussures monumentales de près de deux mètres de haut. Chaque sculpture reproduit fidèlement un modèle emblématique conservé au Musée international de la chaussure. Du soulier d'apparat à l'escarpin de haute couture, ces œuvres jalonnent un parcours ludique qui permet de découvrir la ville sous un angle inattendu. Le circuit débute à l'office de tourisme, où un dépliant permet de suivre cet itinéraire insolite.


Les incontournables

La collégiale Saint-Barnard

Véritable cœur historique de Romans, la collégiale domine les rives de l'Isère. Construite entre le XIe et le XVe siècle à l'emplacement d'une abbaye fondée en 838 par Barnard, archevêque de Vienne, elle mêle harmonieusement architecture romane et gothique. À l'intérieur subsistent de remarquables peintures murales médiévales.

La tour Jacquemart

Depuis près de six siècles, son horloge rythme la vie des Romanais. Installée en 1429 dans une tour du XIIe siècle, elle est devenue l'un des symboles de la ville.

La Maison du Mouton

Cette élégante demeure du XVe siècle figure parmi les plus anciennes maisons médiévales de Romans. Restaurée avec soin, elle abrite aujourd'hui la Maison du Patrimoine.

L'église Notre-Dame-de-Lourdes

Construite entre 1937 et 1938, cette surprenante église de béton armé se distingue par son architecture moderne. Une statue monumentale de sept mètres de haut veille sur la ville depuis le sommet du clocher. À l'intérieur, les piliers évoquent une forêt tandis que de grandes fresques illustrent le chemin de croix.

Le Musée international de la chaussure

Installé dans l'ancien couvent de la Visitation, ce musée unique en France invite à un voyage de 4 000 ans à travers l'histoire de la chaussure. Des sandales de l'Égypte antique aux créations de haute couture, les collections racontent les modes, les usages et les sociétés à travers un objet universel. Vidéos, illustrations et anecdotes rendent la visite particulièrement vivante.

Les saveurs de Romans

À Romans-sur-Isère, le patrimoine se déguste aussi. La ville revendique avec fierté deux spécialités qui font partie de son identité : la pogne et les ravioles du Dauphiné.

La première est une brioche généreuse en forme de couronne, à la mie moelleuse et délicatement parfumée à la fleur d'oranger. Née au Moyen Âge, la pogne était autrefois préparée pour les grandes fêtes religieuses. Aujourd'hui encore, elle accompagne volontiers le petit-déjeuner ou le goûter. Certains artisans y ajoutent une touche de muscat de Rivesaltes, dont les arômes subtils apportent une note plus raffinée que le traditionnel rhum.

Autre emblème local, les ravioles du Dauphiné sont de petits carrés de pâte fine garnis de fromage frais, de comté et de persil. Leur succès tient autant à leur saveur qu'à leur simplicité : quelques secondes dans l'eau frémissante suffisent pour les déguster. À Romans, deux maisons ont largement contribué à leur renommée : Mère Maury, dont la recette remonte au XIXe siècle, et Saint Jean, devenue l'un des principaux ambassadeurs de cette spécialité bien au-delà de la région.

Coup de cœur : la Cité de la Chaussure

L'histoire récente de Romans est celle d'une renaissance.
À partir des années 1970, le premier choc pétrolier, l'augmentation des coûts de production et la concurrence internationale fragilisent progressivement l'industrie locale. Les délocalisations se multiplient, les chaussures à bas prix envahissent le marché et les usines ferment les unes après les autres. Pour une ville qui vivait presque exclusivement de cette activité, le choc est immense. Le chômage grimpe en flèche et c'est tout un territoire qui vacille.

Face à cette situation, un remarquable mouvement de solidarité voit le jour. En 1987 est créée l'association Archer. Travailleurs sociaux, bénévoles, chefs d'entreprise et habitants unissent leurs efforts pour recréer de l'emploi et redonner un avenir au territoire. Au fil des années, l'initiative prend de l'ampleur et devient une véritable entreprise de territoire, engagée dans les valeurs de l'économie sociale et solidaire. Son ambition demeure la même : favoriser le développement économique, social et durable de la Drôme et de l'Ardèche.

Cette aventure humaine se découvre aujourd'hui à la Cité de la Chaussure, l'une des visites les plus passionnantes de Romans.

Cécile, guide passionnée et passionnante à la Cité de la chaussure.

Ironie de l'histoire, ceux qui avaient juré de ne plus entendre parler de chaussures ont finalement contribué à faire renaître la filière. En 2012 est créée Romans Cuir afin de mutualiser les moyens de nombreux créateurs indépendants et préserver les savoir-faire locaux. Six ans plus tard, la Cité de la Chaussure ouvre ses portes au public.

Lors de la visite des ateliers de la chaussure à Romans on découvre toutes les étapes nécessaires à la fabrication de chaussures de qualité.

La visite permet de comprendre comment une industrie que l'on croyait condamnée a retrouvé un second souffle. Dans les ateliers, les visiteurs peuvent observer les artisans à l'œuvre et suivre, étape après étape, la fabrication d'une paire de chaussures. Découpe du cuir, piqûre, assemblage, montage, finition... plus d'une centaine d'opérations sont nécessaires avant qu'un modèle ne quitte l'atelier.

Au-delà du savoir-faire, la visite raconte surtout une histoire de persévérance et de passion. Celle d'une ville qui a refusé de tourner définitivement la page de son héritage et qui continue, aujourd'hui encore, à marcher dans les pas de son prestigieux passé.

Infos pratiques

https://www.valence-romans-tourisme.com/fr/

Office de tourisme Romans-Bourg-de-Péage
Point de départ idéal pour découvrir la ville, récupérer le dépliant de la balade des douze chaussures géantes et organiser son séjour.

À ne pas manquer

  • Le belvédère Saint-Romain pour la vue sur les deux villes.

  • Le parcours des douze chaussures géantes.

  • Le Musée international de la chaussure.

  • Une dégustation de pogne et de ravioles.

  • Une visite de la Cité de la Chaussure en semaine pour voir les ateliers en activité

Dormir
Bed In Shop.- Et si vous passiez la nuit dans une ancienne boutique? C'est une expérience unique rendue possible grâce à une idée dé génie de François-Xavier Chambost: revitaliser le centre historique en transformant des boutiques vacantes en hébergements insolites.
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Dîner:
Diner gastronomique chez Echo du chef Etienne Borde, 18 Rue du Dr Eynard, 26300 Bourg-de-Péage. Tel. +33 (0) 4 75 48 45 65; echo-restaurant.com

Goûter:
La Pogne, à la boulangerie La Pogne 64 Pl. Jean Jaurès, 26100 Romans-sur-Isère

Les ravioles: à la Cité de la raviole; 33 bld Gabriel Péri, Romans-sur-Isère, tél. +33 (0) 4 75 70 03 59

Romans, la revanche d'une ville

Longtemps symbole du luxe à la française, Romans-sur-Isère aurait pu rester prisonnière de son passé industriel. Elle a choisi d'en faire une force. Entre patrimoine médiéval, traditions gourmandes et savoir-faire réinventé, la ville offre aujourd'hui une escapade aussi originale qu'attachante. Une destination qui prouve qu'il est parfois possible de transformer les cicatrices de l'histoire en véritable moteur de renaissance

Merci à Valence Romans Tourisme pour l'organisation de ces belles rencontres.